Lundi le 7 mars
Retour à l'université pour la Cardec et le dernier cours d'INT . Pour la première fois, depuis le début de ma formation en enseignement, je me suis sentie étrangère dans les locaux de l'université. J'avais l'habitude d'être heureuse de commencer le stage, mais je l'étais tout autant de retourner étudier. Il y a un transfert inespéré qui s'est fait: pour la première fois j'ai ressenti que ma place n'était plus à l'université, mais dans une classe à enseigner. Je commence à penser que je vais finir ce bac et je me sens passablement outillée pour passer à des occupations professionnelles.
- Pour la compétence 1 : je suis consciente que dans ma pratique, je cherche à donner des exemples du quotidien qui ont du sens pour les élèves, il s'agit d'une force. Par exemple: lorsque nous avons parlé de l'énergie libérée par du fer qui rouille et qu'il était possible d'accélérer ou de ralentir des réactions chimiques, j'ai pu donner l'exemple que les "mini-chaufferettes" (Hot shot) que l'on met dans nos mitaines par temps froid exploitent l'énergie libérée par l'oxydation rapide du fer.
- Pour la compétence 2 : je vérifie et corrige au besoin le matériel pédagogique afin d'assurer une grande qualité du français. Je demande les épreuves électroniques lorsqu'on me propose du matériel pédagogique ou d'évaluation afin de corriger les coquilles qui s'y seraient glissées. Même s'il n'est pas d'usage en chimie de retirer des points pour la qualité du français, j'encercle tout de même les erreurs de français commises par les élèves. Au début, cela les inquiétait car ils croyaient que j'enlevais des points. J'ai donc réussi à attirer leur attention sur les erreurs commises.
- Pour la compétence 3: les nombreuses occasions qui m'ont été données durant la formation initiale de monter du matériel pédagogique et didactique font en sorte que je suis capable d'assurer l'élaboration de situations d'apprentissage et d'évaluation complexes qui visent le développement de compétences pour les contenus ciblés.
- Pour la compétence 4 : le pilotage des situations d'enseignement était un grand défi en début de formation. Maintenir un fil conducteur tout au long des séquences me demandait beaucoup d'effort. Maintenant, il s'agit d'un réflexe de plus en plus naturel. Même durant des suppléances en science (3e et 4e secondaires), j'ai tenu à faire le lien entre ce que les élèves avaient vu auparavant et ce qui suivrait le présent cours (ex.: en électricité, rappel de l'électricité statique et présentation du prochain laboratoire qui portera sur la mesure de la différence de potentiel alors qu'aujourd'hui les efforts ont été portés sur la réalisation de circuits en série et en parallèle ainsi que la mesure de l'intensité dans chacun des cas).
- Pour la compétence 5 : je reconnais l'importance de l'évaluation des apprentissages et de la planification de ces moments précieux visant différents mais toujours suivis de rétroactions tout aussi précieuses dans le processus d'apprentissage des élèves. Je suis capable de concevoir des outils visant l'évaluation de compétences.
- Pour la compétence 6: le visionnement des enregistrements de séances m'a permis de réaliser où j'en suis avec cette compétence. Cet outil s'avère très pertinent pour l'avenir, il me permettra de suivre de près mes groupes et prendre conscience des défis qui m'attendent pour chacun d'eux. J'ai bien vu que les élèves en fond de classe sont beaucoup moins attentifs que je ne le croyais. Je suis dorénavant plus attentive à eux et j'interviens plus souvent, je vais les voir, j'occupe la classe, je prends possession de la classe.
- Pour la compétence 7 : je suis consciente des difficultés que les élèves peuvent rencontrer grâce au cours portant sur ce sujet. Mon expérience sur le sujet est restreinte, mais je sais que la réussite de ces élèves repose sur un travail d'équipe de la part de tous les intervenants.
- Pour la compétence 8 : j'ai eu de nombreuses occasions d'utiliser les TIC en classe. En science, ils constituent un complément fort aidant pour représenter des mécanismes difficiles à visualiser. Ils représentent aussi un défi: il faut adapter la gestion de classe en fonction de l'utilisation. Il faut que le lien enseignant-élève soit bien établi, que les consignes soient claires et que les élèves y soient initiés graduellement. La collaboration avec les collègues s'avère être très riche pour trouver des ressources adaptées.
- Pour la compétence 9 : je connais l'importance de collaborer avec l'équipe-école par l'entremise des cours et dans les milieux de stage. J'ai eu l'occasion de rencontrer les parents, d'échanger par courriel avec certains, de travailler sur des projets parascolaires. Cette ouverture constitue, entre autre, un bon exemple à donner aux élèves d'ouverture sur la communauté. Un exemple que je n'ai pas vécu moi-même, mais que je garde en mémoire, est l'organisation d'un brunch comme moyen de financement qui se déroule dans un restaurant du village. Cette initiative permet aux élèves de vivre une expérience de restauration (approche orientante) dans un lieu adapté, les visiteurs se sentent bien accueillis et découvrent un commerce du village, et, le plus important, des liens se tissent entre des intervenants de différents milieux.
- Pour la compétence 10 : le travail d'équipe dépasse largement le travail que pourrait accomplir chacun des membres, telle est ma pensée. Il s,agit d'une de mes forces. Je suis portée naturellement à engager la réflexion ou la conversation avec des collègues et je suis touchée par leur générosité. Cette semaine, j'ai accepté des suppléances. J'ai exprimé certaines craintes dans la "salle des profs" et les enseignants m'ont donné leurs meilleures astuces pour garder le contrôle sur la classe. J'ai expérimenté certaines d'entre elles avec succès. Je ne peux envisager une carrière d'où le travail d'équipe serait absent. Un autre exemple, les techniciens en travaux pratiques (TTP) sont d'une aide irremplaçable, leur implication dans les projets en science peut être déterminante. Mon activité menée dans le cadre de la recherche-action n'aurait pu avoir lieu sans cette TTP extraordinaire.
- Pour la compétence 11 : je suis très consciente que mon développement professionnel ne s'arrête pas à la formation initiale reçue. Toutefois, il s'agit d'une base solide sur laquelle arrimer de nouvelles connaissances et compétences. Ayant une nature réflexive qui cherche constamment à se renouveler, je suis tout à fait disposée à poursuivre mon développement professionnel tout au long de ma carrière. Je connais beaucoup de ressources internet, lectures, événements (congrès AESTQ). Il y a mes collègues, les conseillers pédagogiques, les documents produits dans les différents ministères canadiens, les groupes de recherche en éducation... Les ressources ne manquent pas.
- Pour la compétence 12 : les différents cours d'éthique suivis lors de ma formation initiale (éthique et biologie et éthique en enseignement) m'ont donnée une base dans le domaine. Mes observations en stage, les discussions avec les collègues, la prise de conscience du rôle-clé que peut jouer un enseignant dans la vie d'un jeune, le lien de l'enseignant avec la loi et son ministère donnent un cadre au comportement éthique de l'enseignant. Tout au long de sa carrière, il sera placé devant des dilemmes et les décisions qui en découleront seront basées sur la hiérarchie de ses valeurs. Celles-ci sont nécessairement en accord avec les grandes valeurs de l'éducation au Québec et les codes de vie des écoles (éducabilité de chacun, réussite de tous, diligence, confidentialité, impartialité, sécurité, respect ...).
Les autres jours de la semaine : nouveaux questionnements
- J'ai eu la chance cette semaine de faire de la suppléance (4 périodes). J'en suis ressortie complètement déstabilisée : j'ai réalisé tout le potentiel d'apprentissage que les suppléances représentent. Pourquoi, n'y aurait-il pas des périodes de suppléance obligatoires durant les stages? Il s'agit d'un rôle pour lequel nous sommes peu préparés. Nous devons nous adapter rapidement à une classe inconnue, prendre connaissance rapidement de la matière, trouver une stratégie d'enseignement, se trouver des repères dans le matériel pédagogique peu connu, prendre des présences lorsque les plans de classe ne sont pas nécessairement à jour et les élèves échangent leurs identités pour rire, etc. Important à vivre avant de perdre tout le support que le stage nous procure.
- Je me rends compte en fin de stage que j'aurais du garder des traces des présences des élèves. Nous devons les rentrer dans le système informatisé, mais nous ne sommes pas tenus de les consigner dans un document. Ce serait simple si j'avais tenu un registre des présences, d'un coup d’œil, j'aurais pu avoir un aperçu du taux d'assiduité des élèves et j'aurais un détail des cours manqués. Pour le rattrapage, il s'agit d'une information fort pertinente.
- L'un de mes groupes démontre des signes d'apathie en classe. Plusieurs élèves baillent, d'autres cognent des clous, certains refusent de prendre part aux discussions. Je bouge, circule dans les rangées, je module le rythme et les sons de ma voix, je donne des exemples, je fais des analogies, je fais des exemples au TNI. J'aime les laisser travailler, mais lorsqu'il y a de la nouvelle théorie à s'approprier, il m’apparaît important de présenter l'ensemble des concepts utiles. Peut-être pourrais-je les laisser lire la théorie et préparer des questions de compréhension et des activités d'approfondissement de façon à les garder actifs en tout temps?
- Mon dernier questionnement de la semaine repose sur l'idée du biais d'enseignement. On dit qu'il y a un biais d'évaluation lorsque survient un événement qui en affecte les résultats. Je pense que la variabilité dans mon enseignement peut avoir un effet semblable sur les résultats des élèves. J'ai réalisé que je ne donnais pas tous mes cours de façon identique, je varie quelques fois mes exemples, mon vocabulaire change. De plus, la première fois que je donne le cours, je suis moins à l'aise, je ne sais pas encore où les élèves vont bloquer ni si les activités proposées se vivront tel que prévu. Or, le hasard veut que mes premiers cours sont toujours donnés avec les mêmes groupes. Je crois que ce fait crée un biais: les élèves n'auront pas tous les mêmes chances de réussir l'examen puisque certains élèves ont droit à des versions améliorées du cours. Aussi, dans le même ordre d'idée, les élèves absents qui viennent en rattrapage n'auront pas exactement droit aux mêmes explications que les autres élèves. Pourtant, les élèves seront tous évalués avec le même outil, avec les mêmes grilles... Cette prise de conscience me dérange, car j'aimerais que tous aient des chances égales de réussir et ne pas être à la source d'inégalités.
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